Régénération des sols | 29 mai 2026

De la richesse des sols à la diversité paysagère : BFAT quantifie les bénéfices de l’agroécologie pour la chaîne de valeur agricole

Le 20 mai dernier, I Care by BearingPoint et CDC Biodiversité ont présenté devant un parterre d’entreprises des secteurs dépendants de l’agriculture (alimentation, cosmétiques, mode) et d’institutions financières, les résultats de 2 ans de développement et d’expérimentation de BFAT, la plateforme d’évaluation quantitative des bénéfices environnementaux apportés par les pratiques agroécologiques.

La plateforme BFAT (Biodiversity Framework for Agricultural Transition) fournit aux acteurs économiques une méthode et une base de données pour quantifier les effets des pratiques agroécologiques sur le carbone, l’eau et la biodiversité, afin de permettre aux outils et base de données environnementales de démontrer tous les avantages des systèmes de culture durables (biologique, régénératif,…).

L’agriculture et les secteurs en aval (alimentation, textile, cosmétiques, …) sont au cœur de la transition écologique. Capter la complexité des systèmes agricoles et les effets des modes de production sur les écosystèmes est essentiel pour réellement discriminer les pratiques agroécologiques des pratiques conventionnelles.

Cependant, les fournisseurs de données soulignent un obstacle actuel de taille : les outils environnementaux actuels (outils carbone, outils ACV, outils d’impact sur la nature) ne tiennent pas compte de la granularité des pratiques, en particulier dans le domaine agricole. Comment alors, valoriser la mise en place de pratiques régénératives ou de conservation des sols dans ces outils de pilotage ?

C’est pour remédier à ces limites que l’initiative BFAT est née : apporter le maillon manquant permettant de faire le pont entre les connaissances terrain et les méthodes de mesure d’impacts environnementaux utilisées par les acteurs économiques pour le reporting & le pilotage.

 

BFAT : mettre les pratiques agricoles au coeur de l’évaluation

Lancé en 2024 par I Care by BearingPoint et CDC Biodiversité, BFAT est un programme de recherche et de modélisation, épaulé par un comité scientifique international composé réunissant des membres du Muséum National d’Histoire Naturelle, du CIRAIG, de l’INRAE, de l’University College Dublin, et de l’Universität Augsburg. Après plus de deux ans de travaux, l’équipe a eu le plaisir de publier la première note méthodologique en avril 2026 et de faire part des premiers résultats un mois plus tard.

L’objectif du projet est clair : faire en sorte que les acteurs économiques qui mettent en œuvre ou soutiennent les pratiques agroécologiques au sein de leur chaîne de valeur puissent démontrer les réductions d’impact sur la biodiversité apportées par ces pratiques.

Cet objectif se décline en 3 axes de travail :

  • L’amélioration et la diffusion de connaissances sur les pratiques agroécologiques, en tenant compte de l’équilibre entre les rendements, l’extensification et les gains de biodiversité.
  • L’élaboration d’approches méthodologiques permettant de récompenser les meilleures pratiques tout au long de la chaîne de valeur
  • La production de nouveaux facteurs d’impact adaptés aux pratiques à impact faible ou à impact positif en utilisant différentes métriques existantes.

Une méthode transparente, à disposition de tous

En 2026, BFAT franchit une nouvelle étape avec la publication de sa première note méthodologique, fruit de plus de 250 articles scientifiques analysés, de tests réalisés sur plusieurs filières (blé, maïs, soja, coton, laine, palme, viande bovine, lait, agneau), et d’une collaboration active avec un écosystème élargi de partenaires — experts agronomes (Biosphères, Agrosolutions), entreprises engagées (L’Oréal, Kering) et acteurs financiers (BNP Paribas).

La force de BFAT repose sur sa capacité à différencier finalement les impacts entre les modes de production agricoles (conventionnel, biologique, régénératif, conservation des sols, agroforesterie), grâce à la prise en compte des effets environnementaux de chaque pratique agricole (couverture des sols, diversification des paysages, intégration de légumineuses dans les rotations, prairies permanentes privilégiées, etc.) au sein d’un système complexe.

 

Des résultats concrets et pilotables

Désormais déployé sur des filières agricoles variées (cultures végétales annuelles, pérennes, et animales), et un nombre croissant de géographies, la méthode BFAT fournit des résultats concrets soulignant les bénéfices de l’agroécologie :

  • une augmentation significative de l’état de la nature dans les systèmes herbagers, biologiques ou en agroforesterie par rapport à des systèmes conventionnels (par ex, la qualité écologique moyenne est presque deux fois meilleure dans un système bovin 100% herbager que dans un système conventionnel, en France);
  • un potentiel de séquestration carbone accru dans les systèmes intégrant davantage de prairies permanentes ;
  • une amélioration de l’état des services écosystémiques dans les systèmes encourageant une diminution de l’usage d’intrants chimiques (fertilisants et pesticides).

Ces éléments ouvrent la voie à des applications opérationnelles pour les acteurs des filières agricoles, les entreprises et les institutions financières :

  • la mesure d’impact, valorisant les efforts réalisés au champ par les agriculteurs facilitant par la suite le reporting CSRD, TNFD et SBTN
  • la conception de trajectoires bas carbone & nature intégrant les pratiques agroécologiques
  • le pilotage de plans d’actions de transition agroécologique, et la valorisation des efforts écologiques mis en place par les producteurs.

 

L’agroécologie est l’affaire de tous

Le secteur agricole a un rôle central dans l’atteinte des objectifs de décarbonation et de transition écologique, au niveau national comme international, comme l’a rappelé Jérôme Mousset, directeur de la bioéconomie et des énergies renouvelables à l’ADEME, en discours introductif de l’évènement de présentation du 20 mai.

Alors pas question de créer des silos : le projet BFAT repose sur une gouvernance hybride alliant à la fois rigueur scientifique et retours d’expérience des entreprises partenaires. L’évènement était l’occasion d’informer le plus largement possible entreprises, coopératives, fédérations et institutions financières de l’opportunité de se saisir de ce sujet dans leurs chaînes de valeur. De nouveaux partenaires rejoignent progressivement l’initiative, tandis que des pilotes sectoriels sont en cours avec des industriels et des acteurs financiers.

L’équipe en a profité pour présenter 4 façons de rejoindre l’initiative :

  • Rejoindre le Comité de pilotage du projet
  • Réaliser un pilote sur un ou plusieurs projets terrain
  • Réaliser un pilote sur une nouvelle commodité agricole
  • Intégrer les données BFAT

Pour contribuer au projet ou engager un pilote avec l’équipe I Care/CDC Biodiversité, vous pouvez contacter : Guillaume Neveux : guillaume.neveux@i-care-consult.com ; Eliette Verdier : eliette.verdier@i-care-consult.com.