Article | 11 mai 2026

Sous la terre, la vie : la conviction de SWEN Terra pour régénérer les sols

La première utopie de SWEN CP est celle de la régénération des sols. Elle naît de l’engagement d’Emmanuel Simon, Directeur de gestion et Responsable de la stratégie SWEN Terra, qui vise à promouvoir l'agriculture régénératrice pour restaurer les écosystèmes.

Emmanuel Simon : Je découvre les énergies renouvelables pendant mes études. Nous sommes en 1999-2000, à une époque où on commence à parler du réchauffement climatique mais ce n’est pas si urgent, pas si grave. Je rejoins SWEN CP en 2019 après dix-sept années passées à l’étranger, avec l’envie de faire des choses chez moi, en France. SWEN CP lance alors deux thématiques d’investissement direct dont une sur la biométhanisation. Cette problématique, très ancrée dans le territoire, nous a permis de tirer le fil des transitions agricoles en allant sur le terrain, à la rencontre des agriculteurs.

En creusant le sujet, nous avons fait un constat :

Le système est aujourd’hui à bout de souffle.

Le système est à bout de souffle écologiquement. L’agriculture est responsable d’années de pratiques conventionnelles qui considèrent le sol comme un substrat qu’on va nourrir d’éléments chimiques. On y met des biocides et pesticides pour s’assurer qu’il n’y ait pas de mauvaises herbes ou de ravageurs. On y met des engrais pour faire pousser la plante. Et le substrat absorbe tout. Résultat : la qualité des sols agricoles s’est fortement dégradée et les deux tiers d’entre eux en Europe sont considérés en mauvaise santé.

Le système est à bout de souffle économiquement. Les coûts de l’agriculture conventionnelle ont augmenté. D’un côté, les rendements agricoles stagnent et sont de plus en plus sensibles aux aléas climatiques à force de détruire les sols. De l’autre, avec la guerre en Iran et en Ukraine, les coûts des entrants chimiques directement liés au prix du gaz ont explosé. Les rendements stagnent, les coûts opérationnels explosent et les consommateurs ne sont pas prêts à payer plus.

Le système est à bout de souffle écologiquement, économiquement mais aussi socialement. L’agriculture est le seul secteur où il est considéré comme normal de vivre sur son lieu de travail, que sa famille bosse à l’œil et que les enfants reprendront l’affaire familiale. Cela ne marche plus. Les études montrent que cette confusion entre vie privée et vie professionnelle est un facteur important du mal-être agricole. De même, la succession familiale se fait de moins en moins.

En effet, ces trois crises – écologique, économique et sociale – enrayent le schéma de succession traditionnel dans lequel l’un des enfants prend la suite de ses parents.

Aujourd’hui, les enfants d’agriculteurs ont souvent d’autres projets de vie professionnelle ou d’autres conceptions du métier d’agriculteur, alors même que la moitié des agriculteurs vont bientôt être en âge de partir à la retraite.

Au niveau européen, ce sont quatre millions de fermes qui vont changer d’exploitants dans les années à venir.

Ce renouvellement de génération amène des opportunités.

L’opportunité de changer de système.

Notre démarche n’est pas de juger l’agriculture conventionnelle. Ce modèle d’agriculture a été poussé à la fin de la deuxième guerre mondiale en France, pour des raisons impérieuses de nourrir les populations. À ce moment-là, avec les connaissances qu’on avait et les défis à relever, cela pouvait avoir du sens. Maintenant, aujourd’hui, il y a d’autres défis et d’autres connaissances qui permettent de transiter, avec cette nouvelle génération, mais aussi les exploitants actuels qui le souhaitent, vers un modèle régénératif.

Notre engagement est justement d’investir dans ces entrepreneurs agriculteurs, acteurs d’un changement direct et concret vers l’agroécologie. De leur donner les moyens d’opérer la transition vers une agriculture régénératrice qui lutte contre le changement climatique, la perte de la biodiversité et garantisse une meilleure rentabilité économique.

En France, il manque deux milliards d’euros pour financer les transitions agricoles. Pour acheter le foncier d’un verger d’amandiers de cent hectares, planter les arbres, financer les coûts d’exploitation jusqu’à ce que les arbres produisent, on parle de sept à huit millions d’euros. On est sur un secteur éminemment capitalistique. Il faut optimiser les financements projet par projet.

Le 24 juin 2025, lors de la première édition d’Utopias by SWEN, nous avons lancé le fonds SWEN Terra et annoncé un premier investissement de 30 millions d’euros entre 2025 et 2028 à GreenPods.

Ses fondateurs, Martin et Boris, se sont installés en 2021 dans une ferme dont le sol, après trente ans de monoculture intensive, était dur comme une table.

Ils ont changé les pratiques agricoles, amélioré la qualité du sol et restauré ces hectares en plantant des champs d’amandiers.

Ils ont été les premiers à nous parler d’agriculture de régénération il y a plusieurs années. On était allé les voir dans leur ferme au sud de Toulouse et on avait pu constater de nous-mêmes la transformation du sol. Cela avait attiré notre regard sur ces initiatives qui ne demandaient qu’à être accompagnées, financées. Aujourd’hui, avec l’investissement de SWEN Terra, Martin et Boris peuvent acquérir de nouvelles fermes à transformer.

 

Avec le fonds SWEN Terra, l’utopie « Sous la terre, la vie » devient déjà une réalité aujourd’hui.

 

Propos recueillis par Juliette Reinhart

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