Résilience des territoires
Résilience des territoires | 9 juillet 2026
Maire de Villeurbanne depuis 2020, Cédric Van Styvendael gouverne une ville populaire, dense, plurielle — deuxième ville de la métropole lyonnaise et l'une des plus densément peuplées de France. Il a fait de la transition écologique non pas une politique imposée d'en haut, mais un projet de mobilisation collective ancré dans le quotidien des habitants. Il relate ce que Villeurbanne lui a appris, la manière dont il engage les citoyens dans la transformation urbaine, et les enseignements de son rapport "Ensemble, refaire ville", remis au gouvernement en février 2025.
Villeurbanne m’a appris que l’espoir est possible, même dans les moments les plus difficiles. C’est une ville qui a une histoire ouvrière forte, une tradition d’engagement collectif, une capacité à se mobiliser autour de projets communs. Dans un contexte national marqué par la défiance et le repli, elle me rappelle chaque jour qu’on peut encore croire qu’il est possible de faire quelque chose ensemble. C’est peut-être la leçon la plus précieuse qu’un territoire puisse enseigner à ceux qui le gouvernent.
Sur la question de la transition écologique, il y a deux enjeux qui se superposent : la question du vivant, au sens large, et la question bien plus immédiate de la possibilité de continuer à vivre dans nos villes telles qu’elles sont. Notre démarche à Villeurbanne part de cette réalité concrète : si vous voulez continuer à vivre dans cette ville quand les températures approcheront les 45 ou 47 degrés en été, il faut engager dès maintenant un certain nombre de transformations. Ce n’est pas une projection lointaine, mais une perspective à laquelle nous devons nous préparer activement.
Lorsque l’on pose la question aux habitants sous cet angle, pas « comment sauver la planète » mais « comment continuer à vivre ici », le regard change. La transition n’est plus une abstraction idéologique, elle devient une nécessité pratique, perceptible dans le quotidien. Quand des parents constatent que leurs enfants ne peuvent pas aller à l’école en mai parce qu’il fait 34 ou 35 degrés dans les classes, la prise de conscience s’opère différemment. Ce n’est pas facile, et cela ne suffit pas à tout résoudre. Mais c’est un point de départ réel, ancré dans des expériences vécues.
Le rapport « Ensemble, refaire ville » pose une question simple mais fondamentale : comment continue-t-on à investir dans les quartiers prioritaires, et pourquoi ? Pendant longtemps, la réponse était évidente : pour améliorer la qualité du bâti, réduire la paupérisation, lutter contre la ségrégation sociale. Ces raisons restent valables. Mais le rapport introduit une dimension nouvelle et urgente : ces quartiers sont aussi les plus exposés aux risques climatiques. Trois à quatre fois plus que les autres territoires, en moyenne. Ce n’est pas un hasard, c’est le produit de décennies de choix urbanistiques qui ont concentré les populations les plus fragiles dans des environnements les moins résilients : moins de végétalisation, moins d’isolation thermique, moins d’espaces verts, plus de surfaces minérales.
Rénover ces quartiers, ce n’est donc plus seulement une question de justice sociale, c’est aussi une question de survie climatique. Les deux enjeux se rejoignent, et cette convergence devrait obliger notre pays à accélérer massivement sur la rénovation urbaine. Les solutions existent : renaturation des espaces publics, isolation performante des bâtiments, création d’îlots de fraîcheur, sobriété énergétique. Ce qu’il faut, c’est la volonté politique et les moyens de les déployer à l’échelle.
Je suis convaincu que le rôle d’un élu aujourd’hui n’est pas de tout contrôler, ni de tout planifier. C’est de nouer des alliances, avec les habitants, les acteurs économiques, les associations, les chercheurs, les autres collectivités, et d’ouvrir des possibles là où on pensait qu’il n’y en avait plus. Même quand la situation semble bloquée. Même quand les ressources manquent. Même quand le découragement gagne. Un territoire réussi dans vingt ans sera un territoire qui aura su maintenir cette capacité à imaginer et à construire, collectivement, ce qui paraissait impossible hier.
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